Spécial Journée de la Femme > Petite Etoile

Bathb"[par Ebi-05] Dans le miroir, il y n’avait que mon visage de pute. Et plus je me regardais, plus je sentais mon ventre se compresser, mes tripes qui voulaient sortir, ma gorge prête à exploser. J’étais grosse et laide et je n’avais que ça dans la vie pour me donner l’impression d’exister. Ma peau dégoulinait de l’eau glaciale de la douche d’où je sortais tout juste, mais je me sentais encore toute dégueulasse et crade. La chambre à côté était vide. Il était six heures du matin. Dehors, il y avait cette lumière blanche aveuglante qui transperçait les rideaux grisées et qui me faisaient plisser un peu les yeux. Je suis allée vers le lit. Draps froissés, moites. L’odeur du sexe flottait dans l’air tout autour. Ca ressemblait à une scène tellement banale et nulle et évidente que j’étais pas loin de me marrer en regardant où j’étais. Les fringues éparpillées dans tous les sens, les mégots, les cadavres de bouteilles, la puanteur. Putain, ce que ça pouvait être pathétique de se réveiller là-dedans. Et évidemment, je savais même pas le nom du connard qui s’était secoué sur moi toute la nuit. Ils avaient peut-être été deux en plus. De toute façon, qu’est-ce que ça pouvait bien foutre ? Qu’il s’appelle Jonathan ou Eric ou Gustave ou Julien, qu’est-ce que ça pouvait bien changer ? C’est pas ça qui allait m’enlever la boule qui grossissait de plus en plus au fond de moi, qui allait me réchauffer ou m’aider à respirer. C’est pas ça qui dégagerait ce putain de soleil qui me claquait à la gueule et me filait le tournis. C’est pas ça qui allait faire que tout s’arrêterait enfin. Parce que c’était plus possible de continuer. Parce qu’il en avait plus rien à secouer de savoir mon cul dans un autre pieu, ma langue aspirée vers des bouches pleine d’alcool et de crasse. Il n’y avait plus que sa brune qui comptait. Sa brune et ses petits seins fermes. Sa brune et son sourire naïf. Sa brune et ses jambes douces et son ventre plat et ses yeux verts. Et moi, je pouvais crever. Dans une chambre vide. A six heures du matin. Ou attendre que Jonathan ou Eric ou Gustave ou Julien revienne et fermer les yeux pendant qu’il remettra ça. Et l’imaginer, lui. Comme avant."

[Et autre extrait ici > Ebi for President]

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