Eglises…

TrannsformersonegliseProfessionnaliser. Transformer l’essaie, aller au terme de l’exercice, changer de braquet…

Ne plus le faire strictement "parce que" mais aussi "pour ce que"… "Qui sera", chantait l’homme du trom’, le béret vissé sur ses longs et jaunâtres vestiges capillaires, affublé d’un jogging triple-bande usé. Avait-il professionnalisé son art, lui, Sergi ? Il en vivait, mal, mais en voyait passer des visages, presque autant que l’on croise ici d’urls. Nostalgique et souriant italiano qui un jour avait probablement voulu "jouer l’americano", jusqu’à s’en brûler les ailes… "Preciosa" chantait-il, "bellissima"… Sergi cherchait sa place dans le wagon qui se surchargeait peu à peu. Il se faisait plus discret, "la ciatemi cantare, soy un italiano*" fredonnait-il des paupières… Il est passé, Sergi, le sourire vrai, la main tendue, la boite à musique tournait encore. Je lui ai donné l’Euro qui ne suffit pas à être heureux…

Elle avait mis ses petites bottines noire en peau retournée, rehaussées de broderie tout autour de la cheville, de fins bas noirs et un parfait tailleur de la même pénombre que seuls les reflets de ses cheveux trahissaient et s’était enrobée d’un puissant parfum exotique. Au milieu des effluves de misère et autres êtres souillés, Cindy était immobile et absorbée par ce qui suivrait : un déjeuner-entretien avec celui pour qui elle avait, tout au long de sa formation, souhaité travailler. Superbe, et aussi sûre d’elle qu’elle le pu, Cindy partait pour "transformer". S’il le fallait elle était prête à "tout". Tout, oui. Si ce n’est que ce tout-là lui avait coûté ses précédentes nuits. Tout, oui, s’il le fallait, mais, priait-elle, puisse ceci ne pas être nécessaire… Elle était triste, au fond d’elle, Cindy. Ses rêves lui ressemblaient-ils vraiment ?

Il ressemblait au Père-Noël. Il était avachi sur les marches. Il ne dormait pas, ne dormais plus, il ne vivait que d’un oeil, du coin de l’œil… Je sortais de table, la crème de cabillaud encore gouleyante dans ma mémoire. L’homme avec lequel j’avais ce midi refait le monde et échangé projets et visions était simple, doux, m’avait paru franc, déterminé et exigeant. Je le sentais comme une évidence… J’étais entre café et business-model quand le Père-Noël releva la tête… J’en étais sûr maintenant, lui avait vu le diable. De trop près.

Je repense à Sergi, à Cindy, au Père-Noël et me demande… Est-ce que leurs rêves leur avaient, ne fut-ce qu’un jour seulement, vraiment ressemblés ?

Avant de prier, parfois, il peut être bon de déconstruire son Église…

* Comme vous l’aurez noté, je ne parle pas un mot d’italien 😉

[Rédaction et première mise en ligne le 16 mars 2005]

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